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Ce mois-ci, il est question des finances publiques et de la dette de la France.
Très bonne lecture !
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MédiaStat n° 12 (février 2026)
Jusqu’ici, tout va bien : la dette de la France est-elle soutenable ?
Le déficit public et la charge de la dette ont été au centre des débats budgétaires de ces derniers mois. L’incapacité des partis politiques à voter un budget dans les délais constitutionnels traduit une absence de diagnostic partagé sur les solutions à trouver, mais aussi probablement sur leurs prémisses : la dette de la France présente-t-elle un danger vital pour le pays ?
Le Café de la Statistique du 13 janvier 2026 a débattu des dépenses publiques et des moyens de réduire la dette. François Ecalle, président de Fipeco, a cadré le débat en présentant un panorama des dépenses et en les comparant aux autres pays de l’Union européenne (UE). La France est le 2e pays le plus dépensier de l’UE, avec des dépenses représentant 57 % du PIB contre 50 % en moyenne au sein de l’UE.
Cette médaille d’argent n’est pas liée à un poste de dépenses particulier. Quand on regarde la répartition par fonction, sur les principaux postes (retraites, santé, enseignement, famille, services généraux, chômage, …), la France dépense plus que la moyenne de l’UE en proportion du PIB. Le Café de la Statistique n’a pas abordé la question de l’efficacité de ces dépenses. La France est-elle aussi sur le podium sur différents critères de qualité des services publics ? Ce sera l’occasion d’en discuter lors d’une prochaine séance.
La protection sociale est le premier poste de dépenses (32,3 % du PIB, 45 % des dépenses). C’est là que se trouve l’écart principal avec les autres pays européens. L’UE ne dépense en moyenne que 26,5 % du PIB dans le domaine. Comme les retraites représentent environ 45 % des dépenses de protection sociale, il est important de s’assurer que les structures différentes de régime de retraite (avec une proportion très faible de régimes privés en France) ne faussent pas les comparaisons. Ce n’est pas le cas. Une fois réintégrées les dépenses des systèmes de retraite privés, la France reste largement devant la plupart des autres pays, Italie exceptée.
Il faut aussi évacuer la question d’éventuels doubles comptes, qui fausseraient les comparaisons internationales. Par exemple, les cotisations sociales des fonctionnaires sont comptabilisées deux fois : quand on les prélève et quand on les reverse sous forme de retraites ou de prestations sociales. Après retraitement, la France conserve sa médaille d’argent.
Cette prodigalité de l’Etat français a deux conséquences : des taux de prélèvement obligatoire et de dette rapportée au PIB parmi les plus élevés de l’UE. Certains pays de l’UE ont réussi, ces dernières années, à diminuer le ratio dette publique sur PIB : Grèce, Portugal, Espagne … La France n’arrive pas à s’avancer dans cette voie. Les intérêts de la dette représentaient l’équivalent du budget de la défense en 2023 : ils risquent de le dépasser dans les années à venir. C’est autant de moins pour des dépenses essentielles pour le pays.
Faut-il s’inquiéter de cette situation ? Après tout, la France ne connaît actuellement pas de problème de refinancement. Outre le problème de la cannibalisation de la dépense publique par les intérêts de la dette, pour François Ecalle, fin connaisseur du sujet, la question n’est pas de savoir si nous devrons faire face à un emballement des taux d'intérêt appelant des réformes plus douloureuses, mais quand.
Quelles sont alors les solutions ? Les prélèvements obligatoires sont déjà parmi les plus élevés de l’UE, voire de l’OCDE. Une taxation des plus hauts revenus et des plus-values des holdings ne suffirait pas. Pas plus que de nouvelles taxes sur les entreprises, qui font déjà face, elles aussi, aux plus hauts prélèvements (en pourcentage de la valeur ajoutée) au sein de l’UE, même en tenant compte des subventions dont elles bénéficient. Et enfin, face à ce niveau quasi unique de prélèvements, un statisticien se méfiera des observations qui s’éloignent du nuage de points.
Les baisses de dépense semblent inévitables. Le réalisme commande de s’attaquer à celles qui représentent le plus gros volume et qui nous éloignent le plus de nos voisins, en premier lieu les retraites. La réforme des retraites, par l’allongement de la durée de cotisation, a l’avantage d’être l’une des seules voies de réduction des dépenses sans effet récessif, par l’augmentation du taux d’emploi des seniors. Il est dommage que les gouvernements récents n’aient pas réussi à imposer ce simple constat factuel dans le débat public.
Le Bureau du GS Statistique et Enjeux Publics de la SFdS |